La question revient chaque hiver : comment réduire durablement sa facture de chauffage sans sacrifier le confort ? La réponse va bientôt s’imposer légalement, car tous les logements devront être équipés d’un dispositif de régulation automatique de la température d’ici 2030. Ce virage réglementaire, longtemps discuté, fait encore réagir. Certains y voient une dépense imposée, d’autres un levier pour enfin reprendre le contrôle de leur consommation. L’essentiel est de comprendre ce que prévoit exactement la loi et ce que cela change pour les ménages.
Une obligation repoussée mais désormais actée
Un décret publié le 26 décembre a officialisé le report de l’obligation d’installer un système de régulation automatique du chauffage à 2030. Cette obligation devait initialement s’appliquer dès 2027. Le gouvernement a décidé de laisser 3 années supplémentaires pour permettre aux ménages de s’équiper sans précipitation. L’objectif est clair : éviter une nouvelle polémique autour d’une règle perçue comme coûteuse et difficile à mettre en œuvre, notamment dans les anciens logements.
Cette obligation repose sur l’article R 241-31-1 du code de l’énergie et impose un thermostat capable d’ajuster automatiquement la température, pièce par pièce ou par zone. Le pilotage doit se faire au minimum avec un pas horaire et proposer 4 modes : confort, réduit, hors-gel et arrêt.
Tous les logements sont concernés, sans exception ou presque
La loi vise l’ensemble des bâtiments d’habitation, qu’il s’agisse d’une maison individuelle ou d’un appartement en copropriété. Le mode de chauffage n’a pas d’importance : chaudière gaz, fioul, pompe à chaleur, radiateurs électriques… tous devront être équipés.
Dans les logements chauffés avec une chaudière ou une pompe à chaleur, l’installation devra être complétée par des robinets thermostatiques performants. Les systèmes installés depuis 2018 disposent déjà, par défaut, d’un dispositif programmable. Beaucoup de ménages sont donc en réalité conformes sans le savoir.
L’obligation comporte néanmoins des dérogations. Elle ne s’applique que lorsqu’elle est techniquement ou économiquement réalisable. Les équipements indépendants ne pouvant pas être automatisés — comme les poêles à bûches ou certaines cheminées — ne sont pas concernés. De même, une étude prouvant que le retour sur investissement serait supérieur à dix ans peut permettre de justifier une dispense.
Quels types de thermostats sont autorisés par la loi ?
La réglementation n’impose pas nécessairement un thermostat connecté. L’essentiel est d’être capable de programmer et de contrôler automatiquement la température intérieure.
3 grandes catégories répondent aux exigences légales :
Les thermostats programmables
Ils permettent de définir différents niveaux de chauffe selon les plages horaires et l’occupation du logement. Week-end, soirées, nuit : tout peut être préprogrammé pour éviter de chauffer une pièce inutilement.
Les thermostats connectés
Ils offrent les mêmes fonctionnalités, mais avec un pilotage à distance depuis un smartphone, une tablette ou un ordinateur. Ce fonctionnement plus flexible permet de déclencher un mode confort avant un retour imprévu à domicile ou d’éviter de chauffer une pièce restée vide.
Les thermostats intelligents
Ils ajoutent une couche d’algorithmes et d’intelligence artificielle pour installer une gestion automatique plus fine. Ces modèles ajustent la chauffe en fonction de la météo, de l’inertie thermique des pièces, de l’ensoleillement ou encore de l’ouverture d’une fenêtre.
Ils représentent la solution la plus avancée et offrent un niveau de précision qui maximise les économies d’énergie.
Combien faut-il prévoir pour s’équiper ?
Le coût dépend du type de logement et du nombre de pièces ou de radiateurs à réguler. L’Ademe estime qu’un thermostat programmable coûte entre 60 € et 250 €. Les modèles connectés ou intelligents se situent généralement autour de 200 €. À cela s’ajoutent des frais d’installation souvent compris entre 150 € et 300 €.
Dans les logements chauffés via une chaudière ou une pompe à chaleur, il faudra ajouter le prix des robinets thermostatiques : entre 50 € et 100 € par radiateur. Enfin, certains thermostats utilisent des piles AAA, qui doivent être changées tous les deux ans en moyenne.
À noter : les systèmes installés depuis 2018 sont déjà équipés en standard. Remplacer une chaudière ou un ensemble de radiateurs dans les prochains mois permettra donc de se mettre en conformité sans surcoût.
Quelles aides financières sont disponibles ?
Les thermostats font partie des équipements éligibles aux certificats d’économie d’énergie (CEE). Les montants restent modestes et varient selon le modèle installé. L’ancienne fiche BAR-TH-118, qui offrait jusqu’à 60 € pour un thermostat programmable simple, a été supprimée début 2024.
La nouvelle fiche BAR-TH-173 permet de toucher jusqu’à 30 € pour un système plus élaboré, programmable par pièce et par heure. Les robinets thermostatiques peuvent également donner droit à une prime via la fiche BAR-TH-117, autour d’une quinzaine d’euros par radiateur.
Il existe une contrainte importante : les aides thermostat et robinets thermostatiques ne sont pas cumulables entre elles. En revanche, elles peuvent être combinées avec l’achat d’une pompe à chaleur.
Peut-on vraiment faire des économies avec un thermostat ?
Les économies varient largement selon la taille du logement, le type d’énergie et surtout le niveau d’isolation. Mais tous les spécialistes s’accordent sur un point : un thermostat utilisé correctement permet de réduire la facture.
L’Ademe estime que la régulation pièce par pièce peut diminuer la consommation de chauffage jusqu’à 15 %. Cela représente environ 210 € pour un foyer chauffé au gaz avec une facture annuelle de 1 400 €, et près de 270 € pour un foyer dont la facture électrique atteint 1 800 €. Ces chiffres restent indicatifs mais démontrent un potentiel réel.
Les fabricants, eux, avancent des bénéfices encore plus importants pour les modèles connectés ou intelligents. Ces équipements optimisent la chauffe en tenant compte des pertes de chaleur, du climat, des heures d’ensoleillement et des habitudes des occupants. Certains coupent automatiquement le chauffage lorsqu’une fenêtre est ouverte. D’autres ajustent la température en fonction de l’inertie thermique de chaque pièce.
Le pilotage global : un niveau supérieur d’économie
Une étude du CSTB, réalisée pour l’alliance Ignes, montre qu’un système global de pilotage — incluant chauffage, volets roulants et ballon d’eau chaude — peut réduire la consommation énergétique jusqu’à 30 %. Ce type de gestionnaire d’énergie permet de créer des scénarios automatiques qui coordonnent plusieurs équipements pour optimiser l’ensemble du logement. Les économies annuelles peuvent atteindre entre 290 € et 660 € pour une chaudière gaz, et jusqu’à 770 € avec des radiateurs électriques, dans une maison d’environ 100 m².
Les thermostats intelligents ajoutent également un suivi mensuel détaillé de la consommation. Ce tableau de bord permet d’identifier les comportements à corriger et de mieux comprendre l’impact des réglages. Plus qu’un gadget, c’est un outil pédagogique qui aide à ancrer de nouvelles habitudes.
Ce que les particuliers doivent retenir
L’obligation d’équiper tous les logements d’un thermostat en 2030 est désormais inscrite dans le code de l’énergie. Elle s’appliquera à presque tous les logements, à l’exception des équipements indépendants ou des cas où l’investissement n’a pas de sens économique.
Les thermostats programmables ou connectés représentent un investissement raisonnable, largement compensé par les économies potentielles. Les ménages déjà équipés depuis 2018 sont probablement en règle sans le savoir.
Bien utilisés, ces dispositifs réduisent la consommation de chauffage, améliorent le confort et permettent de mieux comprendre ses usages. Le pilotage connecté global ouvre même la voie à des économies encore plus importantes.
